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Quand réhabilitation rime avec béton

Dans la rue des Jeûneurs, dans le 2ème arrondissement de Paris, un immeuble de bureaux en béton des années 1970 massif et imposant se détache d’une ribambelle de façades étroites en pierre. Mais à l’instar des ateliers textiles du quartier du Mail, les trois façades sur rue de ce bâtiment en forme de U font dans la dentelle : une profonde résille de béton brut enveloppe le bâtiment dans un entrelacs orthonormé d’horizontales et de verticales ; écriture typique d’une époque brutaliste. De l’autre côté, les trois façades entourant le patio n’ont pas bénéficié de la même finesse de composition et présentent nettement moins d’intérêt. La réhabilitation du bâtiment de six étages visait donc à assurer avant tout un parfait confort thermique à ses usagers, en respectant son architecture originelle qui au fil du temps méritait bien sa place dans le quartier. Pour ce faire, le principe de la réhabilitation est double : se protéger du soleil au sud et apporter de la fraicheur grâce au patio au nord. Les façades sur rue, après avoir échappé à une seconde peau de verre qui les masquait complètement dans une proposition antérieure conservent leur dessin originel pour s’affirmer comme élément patrimonial à part entière. Mais le rythme des façades est réinterprété en y ajoutant des espaces verts, placés de manière aléatoire dans cette grille et qui se prolongent parfois à l’intérieur des bureaux en loggias. Des brise-soleils extérieurs permettent de maîtriser la chaleur, notamment au niveau de la façade principale exposée plein sud. L’enjeu majeur d’une rénovation de bureaux est surtout de rafraîchir les locaux souvent surchauffés par les machines, c’est là que le patio intervient. À la manière des maisons iraniennes, un plan d’eau autour de la terrasse rafraîchit l’ensemble du bâtiment. Des plantes grimpent le long des façades attenantes refaites à neuf pour maintenir l’ensemble dans un climat tempéré. L’air frais s’infiltre ensuite à l’intérieur par les impostes hautes des fenêtres et traverse naturellement les plateaux de bureaux. Les modifications intérieures sont minimes pour conserver une ambiance brute et le choix de l’aménagement est laissé libre aux futurs occupants. En pariant sur des pratiques ancestrales avec son système de refroidissement naturel l’immeuble comporte très peu d’équipements, ce qui en plus de diminuer les couts de construction de maintien permet de dégager de grands volumes intérieurs sans faux-plafond. En toute sobriété, cette réhabilitation ravive ce géant de béton sans l’alourdir de superflu.

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